30 septembre 2016

Les 8 critiques qu'on peut faire aux reproductions de tableaux

Le mémoire sur les pratiques de l'image numérique en histoire de l'art que j'ai trouvé sur internet, est très instructif et me donnera des arguments supplémentaires pour répondre aux nombreux internautes qui n'apprécie pas que les oeuvres d'art soient diffusées sous forme de reproduction.

Je vais toutefois commencer par apporter de l'eau au moulin des détracteurs des reproductions de tableaux en donnant les 8 critiques principales que l'on peut faire à une reproduction.

En général, des personnes vont me dire que les reproductions "c'est pas bien", "que les oeuvres originales c'est mieux", "que Repro-tableaux.com fait du tort aux artistes contemporains", etc. J'aurais tendance à dire que ces critiques maintes fois entendues sont, non seulement évidentes (qui ne préfèrerait pas avoir une oeuvre originale de Monet plutôt qu'une reproduction), mais un peu courtes.

On pouvait dire.... oh ! Dieu !... bien des choses en somme...

Voici donc les critiques que l'on peut faire aux reproductions de tableaux. Je vais me les servir moi-même, comme dirait Cyrano, puisque les détracteurs de Repro-tableaux.com n'ont pas encore réussi à articuler le quart de la moitié du commencement d'une.

Pour mettre en perspective le contexte dans lequel pourrait se faire ces critiques, je vais tout d'abord parler de l'évolution du rapport des humains aux oeuvres d'art, puis ensuite faire la liste des critiques que l'on peut faire à cette inéluctable évolution.


UNE DÉMATÉRIALISATION DES OEUVRES D'ART : UN NOUVEAU RAPPORT À L'ART

Avec l'apparition de la photographie, les historiens de l'art ont pu approcher l'étude des oeuvres par ce nouveau média, sans avoir à se confronter directement aux oeuvres en question. Et avec l'apparition des images numériques et du développement de l'internet au XXIème siècle, la relation des amateurs d'art a encore été transformées par un usage plus immersif et quotidien de l'outil informatique. On peut à tout moment consulter les oeuvres de Monet, par exemple sur Repro-tableaux.com (http://www.repro-tableaux.com/a/claude-monet.html) sans avoir à se rendre au Louvre à Paris ou à la National Gallery de Londres.

Une "réincarnation" des images sur ordinateur

Les images numérisées ont permis une dématérialisation des médiums traditionnels. Une sorte de réincarnation des oeuvres se réalisent sur les écrans d'ordinateurs, tablettes ou téléphones grâce à leur large diffusion par le réseau internet.

Ce rapport distancié aux oeuvres d'art est critiqué aujourd'hui, comme ça l'a été précédemment avec l'usage de la photographie. Donc, rien de nouveau ! Les critiques ont regretté l'abandon d'une approche physique aux oeuvres, aux tableaux, aux sculptures au profit d'une simple reproduction.

La différence est que les images dématérialisées sont désormais disponibles en très haute définition, permettant de décrypter une oeuvre dans ses moindres détails. Ces oeuvres peuvent facilement se trouver sur Wikipedia par exemple (L'entrée du port de Marseille, de Claude Joseph Vernet).



Cette réincarnation va même encore plus loin. En plus de visualiser les oeuvres, on peut visiter les musées. Google met à disposition sa technologie de vision 360° de Street View pour obtenir une vue intérieur au musée. Ainsi, on peut visiter  le City Museum de Mumbai en Inde grâce à Google (https://www.google.com/culturalinstitute/). Les visites en 3D de musées (ou d'autres établissements) se développent grâce à une technologie très répandues (via votre smartphone, grâce aux vues en 3D sur le réseau social Facebook...).

L'évolution de la technologie ne fait qu'amplifier la tendance.


Une diffusion des oeuvres d'art amplifiée

La tendance décrite permet, comme toutes les techniques antérieures de reproductions des oeuvres (dessins, estampes, gravures...), de répandre les créations et d'assurer leur diffusion au plus grand nombre. Certains artistes de la Renaissance, comme Mantegna, ont assuré leur notoriété, non seulement par leur talent, mais également par son investissement dans la gravure à des fins de diffusion. Lors de la Renaissance italienne comme aujourd'hui, augmenter la diffusion de l'art est bien d'un effet voulu de la fabrication de reproduction de oeuvres d'art. Voici le principal effet positif.



LES CRITIQUES DES EFFETS DE LA DÉMATÉRIALISATION 

Oeuvre dématérialisée, diffusion instantanée à l'échelle mondiale : la perception des oeuvres ne se fait presque plus que par les ordinateurs (à l'exception des fois où l'on se rend dans les musées). C'est la conséquence de la meilleure diffusion des oeuvres d'art.

Le recours à un media (photographie ou ordinateur, pour reprendre les techniques les plus récentes) pour apprécier une oeuvre ne va pas sans effet : ce n'est pas la même chose d'être face à une oeuvre d'art dans un musée pour la regarder que d'être face à son ordinateur. On est tous a priori d'accord. La théoricienne de l’esthétique Barbara E. Savedoff expose en huit points les effets et les conséquences du recours aux reproductions photographiques (par analogie au médium numérique) pour étudier un tableau.



1ère critique : la non-fidélité des couleurs
Depuis l'apparition des techniques de reproduction, quelles soient faites à la main par des copistes ou avec des appareils photographiques, la non-fidélité des couleurs. En effet, la vérité chromatique est une notion relativement instable dans le domaine des images. Tout dépend de la capture de l'image, du traitement de l'image et de la restitution de l'image (voir notre article précédent d'avril 2015 : https://repro-tableaux.blogspot.fr/2015/04/limpression-numerique-au-service-de-lart.html)

2ème critique : la différence sensible entre la texture et la matière 
La différence entre la texture et la matière d’un tableau comparée à celle plate et brillante du papier ou de l’écran d’ordinateur est une source légitime de critique des reproductions. La matière utilisée par le peintre pour réaliser son oeuvres (la matière et texture du support combinée avec les couleurs posées sur le support) fait partie de l'identité et des caractéristiques de l'oeuvre, cela se comprend. Tout comme il est impossible de restituer parfaitement les couleurs, il est également impossible, malgré tous les efforts du reproducteur, de restituer parfaitement la texture et la matière de l'oeuvre.

  
3ème critique : la perte d’échelle d’une œuvre d’art 
Lorsque celle-ci est reproduite, c'est rarement au format original (par exemple, lors d'une reproduction dans un livre ou sur un ordinateur). Il y a une perte d'échelle de l'oeuvre d'art. L'auteur, Savedoff, parle de "perte d’impact des objets d’art de grande taille sur le regardeur". Ainsi, toute reproduction d'une peinture de la chapelle Sixtine n'aura forcément pas le même effet qu'en grandeur réelle. Pareil pour "La rond de nuit" de Rembrandt, dont la taille originale est de 363 x 437 cm au Rijksmuseum d'Amsterdam. Toute reproduction, aussi jolie et réussie soit-elle, n'aura pas le même effet de grandeur si elle est reproduite en plus petit format. D'où me risque de dénaturation de l'oeuvre.


4ème critique : la perte de la présence physique de l’objet d’art
La reproduction de l’original n’est qu’une image, une projection de l’œuvre qui réside quelque part en tant qu’objet et qui perd à ne pas être présente lors de son analyse. Cet argument rejoint globalement les précédents en ce que la taille, les formes, les reliefs et les couleurs ne sont pas observés et expérimentés de manière directe par le regardeur.

5ème critique : l’encadrement des tableaux
On peut facilement critiquer le fait que les reproductions de tableaux n'incluent pas l'élément du cadre qui les orne. Ainsi, on finit par s'intéresser davantage à l'image de l'oeuvre plutôt qu'à l'oeuvre d'art dans sa globalité physique (support, image, et cadre inclus). Bien que souvent les encadrements aient été changés au cours des siècles selon les modes (donc, n'ont alors qu'un intérêt relatif pour apprécier l'oeuvre d'art), certaines oeuvres, comme celles de Matisse, sont à considérer dans leur ensemble puisque l'artiste a choisi délibérément un type d'encadrement pour mettre en valeur sa création.

6ème critique : occulter le rôle du mur porteur de l’œuvre d'art
Selon l'auteur, pour apprécier une oeuvre, il convient de considérer également le mur porteur ainsi que l’ensemble de l’architecture qui l'entoure. Sans ces éléments d'architecturaux, cela nuirait à la compréhension des éléments constitutifs de l'oeuvre. On peut relativiser cette critique en remarquant qu'il s'agit, comme pour le cadre, d'un élément constitutif secondaire de l'oeuvre. En effet, les oeuvres ont souvent voyagé et changé, de fait, de lieux d'exposition.

7ème critique  la mauvaise orientation du regard  Lorsque ce dernier est focalisé sur la lecture d’une reproduction dans un livre, il aborde l'oeuvre de front. Ce point de vue modifie l’impression normalement conférée par l’œuvre quand elle ne surplombe pas son observateur par un accrochage surélevé. L'oeuvre perd de son aspect magistral, souvent à son détriment. C'est désormais l'observateur qui domine l'oeuvre, et non l'inverse.


 8ème critique : la perte du rapport entre la proximité et la distance de l’œuvre
L’observateur ne pouvant se déplacer physiquement pour apprécier pleinement les jeux de matières et l’illusion que confère la composition, est de ce fait obligé de se contenter de la vue unique que lui impose la reproduction photographique, immuable, dont il dispose.
  

Voilà ce qu'à peu près, mon cher, vous m'auriez dit si vous aviez un peu de lettres et d'esprit.

Sources :
https://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/220/files/2010/09/Mémoire_M2_S.Bachelier.pdf