11 mai 2017

Peut-on juger une oeuvre d'art ?

Aujourd'hui je me lance dans un article un peu philosophique en posant la question est-il possible de juger une oeuvre d'art ? On a souvent tendance à dire que l'art est subjectif alors difficile de juger... 

Après qu'est-ce qu'un jugement au fond ? On n'est même pas capable de juger si on y réfléchi bien. On se dit "j'aime" ou "je n'aime pas". C'est facile de dire j'aime ou je n'aime pas. Les amateurs se contenteront de ce type de phrase. Ils ne jugent pas l'oeuvre, donc.
Les "connaisseurs" en art parleront du contexte historique ou du mouvement artistique auquel appartenait l'artiste histoire d'épater un peu la galerie mais cela reste toujours hermétique à l'oeuvre.
Puis vient un autre cas de figure: celui des moutons. C'est-à-dire que dans la société on dit de telle ou telle l'oeuvre qu'elle est "incontournable" alors tout le monde le répète pour ne pas passer pour un inculte. Les "on dit".

Finalement suite à cette rapide analyse, une oeuvre d'art est ce qui plaît au public pourtant beaucoup de publics sont en désaccords. Et c'est là qu'apparaît l'incompatibilité. On ne peut donc pas s'en remettre au public parce qu'il n'y a pas de jugements rationnels. Comme on l'a dit, la plupart des gens répondront "j'aime" ou "je n'aime pas". On est face à un jugement esthétique.
C'est ce qu'on appelle le relativisme. On juge de notre point de vue, si tel tableau nous est agréable ou pas. Le beau dépend de la subjectivité de l'opinion commune et cela rend tout jugement "rationnel" impossible. D'une part, on ne fait pas de différence entre les oeuvres. Par exemple, on accorde autant de valeur à un dessin d'enfant qu'à un tableau de maître. D'autre part, on n'a plus de limite quant à ce qui est de l'art ou pas puisque un aspirateur peut valoir autant qu'une symphonie, par exemple.

On ne peut qu'émettre une opinion subjective: cela plaît ou cela ne plaît pas. Vous connaissez tous l'artiste Ben, j'imagine. Ben écrit des petites phrases qui sont ensuite reproduits sur des objets (stylos, agendas). Comment pourrait-on juger cela ? L'art s'adresse à la subjectivité du spectateur et cela va déclencher en lui des émotions. Ces émotions que l'oeuvre provoque chez une personne lambda seront-elles les mêmes chez tous les spectateurs ? Et est-ce que ce seront ces mêmes émotions que l'artiste a ressenti ? C'est impossible de savoir ce que les êtres humains pensent et ressentent car nous ne sommes pas dans leur tête. 

Pour juger une oeuvre d'art, il faudrait remplir certaines conditions qui ne font pas directement appel à la subjectivité. Il faut pouvoir se référer à des critères qui aient une valeur objective comme la contemplation que doit permettre l'oeuvre et que le spectateur prenne de la distance face à ce qui lui est proposé. C'est-à-dire que le paysage du tableau renvoie au "paysage de l'artiste", à ce que l'artiste s'est représentée dans son esprit et non ce que le tableau montre littéralement.

Juger une oeuvre d'art est possible mais délicat et à condition de connaître les conditions sur lesquelles se baser. 





3 mai 2017

Repro-tableaux.com ou le Musée Imaginaire d'André Malraux

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Musée_imaginaire


1- Qu'est-ce que le Musée Imaginaire de Malraux ?

Malraux place en effet la photographie d’œuvre d’art au cœur de sa méthode : elle est le principal instrument de sa rhétorique. A la fois féconde et complexe, cette rhétorique visuelle lui permet de fonder une nouvelle conception de l’art, un nouveau musée. Cet espace – le Musée imaginaire – n'est pas seulement une idée-force mais aussi une aventure visuelle sans précédent. « J’appelle Musée imaginaire la totalité de ce que les gens peuvent connaître aujourd’hui même en n’étant pas dans un musée, c’est-à-dire ce qu’ils connaissent par les reproductions, (…) les bibliothèques », déclare Malraux. 
Il définit le Musée Imaginaire comme un lieu mental mais il a une base matérielle, la reproduction née de la photographie et de l'imprimerie et si l'on reste dans l'optique "spirituelle", ce n'est qu'un moyen de pallier les problèmes de mémoire. 

Le musée imaginaire est d'une certaine façon, pour Malraux, l'annonce, la prédiction des mutations des rôles des musées, de l'essor du monde de l'image et de la naissance d'Internet. La période 1850-1929 correspond à un courant au cours duquel la photographie a connu de larges transformations, tant dans sa technique que dans son insertion dans la vie quotidienne. C'est la capacité qu'apporte non plus seulement le voyage à travers les continents mais désormais la photographie, et plus largement l'audiovisuel, de représenter dans un espace restreint. 


2- En quoi Repro-taleaux.com peut être considéré comme la réalisation du Musée Imaginaire de Malraux ?

Pour la petite anecdote, en 1945-46, alors ministre de l’Information dans le gouvernement provisoire du général de Gaulle, Malraux décide de diffuser sur le territoire français, à des fins d’éducation, une centaine de reproductions de chefs-d’œuvre. De ce projet, seules deux reproductions voient le jour : le Moulin de la Galette d’Auguste Renoir et un détail du cycle de la Sainte-Croix (à Arezzo) de Pierro della Francesca. A noter que la présence de toiles originales à côté des reproductions témoignent de la valeur que Malraux accorde à la reproduction d'oeuvres d'art. 


Aujourd'hui, grâce à Repro-tableaux.com, Malraux aurait pu diffuser autant de reproductions d'oeuvres d'art qu'il l'aurait souhaité afin de permettre l'apprentissage de l'art et le développement des sensibilités artistiques. D'autant plus qu'il est désormais possible de mettre les images sur ordinateur. 

Repro-tableaux.com serait l'achèvement du Musée Imaginaire puisqu'un musée, au premier sens du terme, ne peut accueillir la totalité des oeuvres et la possibilité d'accéder à cette totalité implique d'avoir recourt à la reproduction photographique. 

3- Le Musée Imaginaire permet à l'original de retrouver toute son épaisseur

Malraux estime que la reproduction ne nuit pas à l'oeuvre d'art mais au contraire, lui permet de retrouver toute son épaisseur. La preuve, lorsque, comme je l'ai mentionné précédemment, il a diffusé deux reproductions alors qu'il était ministre. Cela ne rentre pas dans la dimension "philosophique" du terme mais en tout cas c'est un moyen de valoriser la reproduction d'oeuvres d'art. 

Malraux dit: "Combien de sculptures nous touchent moins que les photos, combien ont été révélées par celles-ci ?" A tel point que le musée commence à ressembler au Musée Imaginaire: les statues y sont de moins en moins groupées, de mieux en mieux éclairées et la pista Rondanini et Michel-Ange, au château Sforza, semble, attendre ses photographes. 


Grâce à la reproduction, quelle que soit sa forme, aujourd'hui on peut remodeler une oeuvre d'art à notre gré et faire naitre une certaine "épaisseur" chez elle qu'on ne lui connaissait pas. 

Et si la reproduction ne s'imposait-elle pas comme une nouvelle forme d'art à part entière justement grâce à aux nouvelles techniques de reproductions ? 
En effet, il faut aussi noter que la reproduction a le pouvoir de rendre l'art plus accessible puisque le spectateur a accès aux images en permanence aujourd'hui même si elles lui rappellent à la fois l'absence de l'original. Paradoxalement, le spectateur a l'impression que l'art lui est plus accessible. 

Si on part de plus loin, l'aura d'une oeuvre d'art, c'est quoi ? C'est le "hic" et le "nunc", c'est-à-dire "ici" et "maintenant". Le "ici" se comprend comme le lien que l'oeuvre entretient avec son lieu d'exposition. Si on interprète la théorie, cela signifie que l'accès à l'oeuvre est finalement restreint puisqu'il faut se rendre dans un lieu précis pour la voir. La reproduction ne conserve peut-être pas l'aura d'une oeuvre mais elle l'a rend accessible à tous et lui redonne de son épaisseur. Le Musée Imaginaire, comme il est définit, permet de s'imaginer tout ce qu'on veut sans forcément être dans un musée, parce que pour Malraux, être dans un musée dépasse la définition classique qui revient à la mise à disposition auprès du public d'objets ou d'oeuvres d'art. C'est quelque chose de mental comme le disait de la peinture Léonard de Vinci. 

Sources :
https://www.artpress.com/2012/02/10/lart-en-images-andre-malraux-linvention-du-musee-imaginaire/
https://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/220/files/2010/09/Mémoire_M2_S.Bachelier.pdf
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