3 mai 2017

Repro-tableaux.com ou le Musée Imaginaire d'André Malraux

https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Musée_imaginaire


1- Qu'est-ce que le Musée Imaginaire de Malraux ?

Malraux place en effet la photographie d’œuvre d’art au cœur de sa méthode : elle est le principal instrument de sa rhétorique. A la fois féconde et complexe, cette rhétorique visuelle lui permet de fonder une nouvelle conception de l’art, un nouveau musée. Cet espace – le Musée imaginaire – n'est pas seulement une idée-force mais aussi une aventure visuelle sans précédent. « J’appelle Musée imaginaire la totalité de ce que les gens peuvent connaître aujourd’hui même en n’étant pas dans un musée, c’est-à-dire ce qu’ils connaissent par les reproductions, (…) les bibliothèques », déclare Malraux. 
Il définit le Musée Imaginaire comme un lieu mental mais il a une base matérielle, la reproduction née de la photographie et de l'imprimerie et si l'on reste dans l'optique "spirituelle", ce n'est qu'un moyen de pallier les problèmes de mémoire. 

Le musée imaginaire est d'une certaine façon, pour Malraux, l'annonce, la prédiction des mutations des rôles des musées, de l'essor du monde de l'image et de la naissance d'Internet. La période 1850-1929 correspond à un courant au cours duquel la photographie a connu de larges transformations, tant dans sa technique que dans son insertion dans la vie quotidienne. C'est la capacité qu'apporte non plus seulement le voyage à travers les continents mais désormais la photographie, et plus largement l'audiovisuel, de représenter dans un espace restreint. 


2- En quoi Repro-taleaux.com peut être considéré comme la réalisation du Musée Imaginaire de Malraux ?

Pour la petite anecdote, en 1945-46, alors ministre de l’Information dans le gouvernement provisoire du général de Gaulle, Malraux décide de diffuser sur le territoire français, à des fins d’éducation, une centaine de reproductions de chefs-d’œuvre. De ce projet, seules deux reproductions voient le jour : le Moulin de la Galette d’Auguste Renoir et un détail du cycle de la Sainte-Croix (à Arezzo) de Pierro della Francesca. A noter que la présence de toiles originales à côté des reproductions témoignent de la valeur que Malraux accorde à la reproduction d'oeuvres d'art. 


Aujourd'hui, grâce à Repro-tableaux.com, Malraux aurait pu diffuser autant de reproductions d'oeuvres d'art qu'il l'aurait souhaité afin de permettre l'apprentissage de l'art et le développement des sensibilités artistiques. D'autant plus qu'il est désormais possible de mettre les images sur ordinateur. 

Repro-tableaux.com serait l'achèvement du Musée Imaginaire puisqu'un musée, au premier sens du terme, ne peut accueillir la totalité des oeuvres et la possibilité d'accéder à cette totalité implique d'avoir recourt à la reproduction photographique. 

3- Le Musée Imaginaire permet à l'original de retrouver toute son épaisseur

Malraux estime que la reproduction ne nuit pas à l'oeuvre d'art mais au contraire, lui permet de retrouver toute son épaisseur. La preuve, lorsque, comme je l'ai mentionné précédemment, il a diffusé deux reproductions alors qu'il était ministre. Cela ne rentre pas dans la dimension "philosophique" du terme mais en tout cas c'est un moyen de valoriser la reproduction d'oeuvres d'art. 

Malraux dit: "Combien de sculptures nous touchent moins que les photos, combien ont été révélées par celles-ci ?" A tel point que le musée commence à ressembler au Musée Imaginaire: les statues y sont de moins en moins groupées, de mieux en mieux éclairées et la pista Rondanini et Michel-Ange, au château Sforza, semble, attendre ses photographes. 


Grâce à la reproduction, quelle que soit sa forme, aujourd'hui on peut remodeler une oeuvre d'art à notre gré et faire naitre une certaine "épaisseur" chez elle qu'on ne lui connaissait pas. 

Et si la reproduction ne s'imposait-elle pas comme une nouvelle forme d'art à part entière justement grâce à aux nouvelles techniques de reproductions ? 
En effet, il faut aussi noter que la reproduction a le pouvoir de rendre l'art plus accessible puisque le spectateur a accès aux images en permanence aujourd'hui même si elles lui rappellent à la fois l'absence de l'original. Paradoxalement, le spectateur a l'impression que l'art lui est plus accessible. 

Si on part de plus loin, l'aura d'une oeuvre d'art, c'est quoi ? C'est le "hic" et le "nunc", c'est-à-dire "ici" et "maintenant". Le "ici" se comprend comme le lien que l'oeuvre entretient avec son lieu d'exposition. Si on interprète la théorie, cela signifie que l'accès à l'oeuvre est finalement restreint puisqu'il faut se rendre dans un lieu précis pour la voir. La reproduction ne conserve peut-être pas l'aura d'une oeuvre mais elle l'a rend accessible à tous et lui redonne de son épaisseur. Le Musée Imaginaire, comme il est définit, permet de s'imaginer tout ce qu'on veut sans forcément être dans un musée, parce que pour Malraux, être dans un musée dépasse la définition classique qui revient à la mise à disposition auprès du public d'objets ou d'oeuvres d'art. C'est quelque chose de mental comme le disait de la peinture Léonard de Vinci. 

Sources :
https://www.artpress.com/2012/02/10/lart-en-images-andre-malraux-linvention-du-musee-imaginaire/
https://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/220/files/2010/09/Mémoire_M2_S.Bachelier.pdf
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